mercredi 13 juin 2007

ETRE NUAGE ...

Au moment de la mort de Jacques Lacarrière, le 17 septembre 2005, je n’avais eu de cesse de retrouver ce texte recopié un jour sur un cahier. Sans succès. Alors en plein cœur de la maladie, abandonnée par toute envie de lire, j’avais pourtant l’intuition que sa lecture m’allègerait…
La rédaction de mon précédent message et l’écriture de l’expression « être nuage » m’a fait miraculeusement retrouver la mémoire, … et le petit cahier bleu où m’attendait ce texte.
Le voici donc, remis en page sur l’ordinateur.

ÊTRE NUAGE
JACQUES LACARRIERE


Être nuage, s’alléger de ce qui est trop lourd en soi, s’affranchir de l’excès d’attraction, accéder aux délices, aux délires d’une pure évanescence.
Divaguer sa vie durant, entre improbable et impossible, devenir ouate errante, flottante incertitude, hésiter entre les processions immaculées et le noir reliquaire des nuages.
En un mot, allier l’innocence et la fragilité des brumes à la ruse et à la férocité des éclairs.
Être nuage.
S’efforcer à l’absolu détachement. Se montrer distant avec la pesanteur, ne tenir à rien, pas même à sa propre apparence, ignorer ses trajets, ses projets.
Demeurer ferme avec l’instable, être fidèle à l’éphémère, rechercher l’incertain, cultiver le fugace.
Alors, tout deviendra possible.
Y compris de se fondre en l’oratoire des vents, de se glisser en silence aux cloîtres du couchant, et encore ! … Demeurer modeste ! Savoir que tout cela n’est qu’enflure et ventosité !

3 commentaires:

une autre a dit…

Bleue qui se défait, bleu qui passe
En passant nous livre l’espace
Immense et fragile envolée.
Sentir la piqûre de la glace
Le froid et la pluie, respirer
Les airs raréfiés, osciller
Tournoyer,
dans la tempête déchaînée,
être dissous, éparpillé,
Sans résistance ni prise au vent
Regarder l’horizon en face
Doucement accepter la grâce
D’un retour inespéré.
u.a

Anonyme a dit…

c'est beau
tout simplement


par des mots de cet homme, de ce marcheur,la première fois que je suis allée en Asie, j'ai eu le projet fort de réaliser un rêve, de rendre palpable à ma réalité un rêve :
aller à Borobudur
lieu de pélerinage bouddhique, qui se fait à pied,
montant et contemplant, se faisant transpercer et prenant son temps

alors les yeux et les oreilles
alors le nez
alors la peau, les muscles
et toutes leurs pensées, sensations
gardent empreinte d'un moment solennel

je ne suivais pas d'école, pas de pélerinage autre que le mien, secret, singulier

cet homme m'avait acheminée à l'instant de cette contemplation
à la force de quelques mots parus dans une revue

Borobudur
dans un secret ouvert à tous les vents
déambulation intérieure autour des pierres

où l'on passe par les nuages
pour arriver à la lumière

laurence

bijee a dit…

...mais les "secrets ouverts à tous les vents" semblent bien être ceux que l'ont à le plus de mal à entendre !