Si l'enthousiasme généré par la découverte de la musique de Maria Schneider m'a fait replonger avec avidité dans mon traité d'orchestration, ... je n'en oublie pas pour autant que je suis en Vacances ! ...
Et pour célébrer cet évènement, dimanche c'était escapade à la Ferme!
Petite -fille de paysans jurassiens, moi la ferme, je connais. Les trois vaches à l'étable, le lait au bidon à la Fromagerie, un petit tour sur le tracteur du Marcel. Et l'été, fauchage et ratissage du pré au bord du lac à suer sous les grands chapeaux de paille, en sandalettes, ça pique les pieds, comme les taons qui traquent mes bras potelés. Mais bon, en deux jours, tout est rentré. Et le bonheur des sauts dans les tas de foins à la grange, et la fraîcheur du verre de limonade, et le quignon de pain/fromage, la voilà la ferme de mon enfance.
Ne nous y trompons pas. Si elle accueille parfois dans sa cour des volatiles en tout genre, point de poulailler caquetant, si ce n'est les soirs de spectacle. La "Basse" collée à la "Haute", c'est la Rolls des fermes: une ferme de château !
Et, noble lignage par excellence, une ferme de Beauce !
Mais quand on y regarde de plus près ...
on n'est pas au bout de ses surprises ...
Claire, la fermière par exemple, n'hésite pas, quand il est l'heure, à enlever son tablier ...
Pascal le fermier, s'il conduit de vraies machines de fermier pour faire de vraies récoltes ...
(plus de 100 Ha tout de même) BIOLOGIQUES de surcroit ! (dans la Beauce, vous imaginez!)
... cultive aussi les mots:
"Christophe Dumont, sculpteur hippalchimiste. Le cheval pour exercice de style. Tordre, courber, couper, chauffer, souder, plier, Façonner, forcer, forger, forger ! A force d'humour, A force de simplicité et d'évidence naît l'animal... vide... et pourtant là. Présence transparente, née de la rouille et du feu. Exaltation du mouvement. Le fait est accompli. Christophe Dumont ne nous trouble pas, Il nous hippoétise.
Une petite pause parfaite pour ma tête bruissante de Hautbois et de Basson, de Cordes divisées, de pupitres de Vents et de Bois !
D'autant que je suis rentrée avec des projets plein mon panier ! Avec Claire, à peine une récolte engrangée qu'on prépare déjà les plants pour la suivante !
Alors j'ai donc une commande de journée Chant Chocolat (dans la belle cuisine de Claire, j'en salive déjà ! )
Et puis une carte blanche chansons autour des "Cultures Potagères"
Huit virtuoses de la flûte en carotte, des bongos en céleri, et du concombrophone ...
Dans chaque ville où ils passent, ils font leur marché, taillent, sculpent, forent, évident, façonnent ... s'installent sur scène avec un bon ingénieur du son ... et balancent la purée (!) à coup de musique classique, jazz, contemporaine ou traditionnelle; ils ont plein de recettes !
Et à la fin ... ils offrent la soupe aux spectateurs!
Bon ... si j'allais mijoter un petit Gratin de Chef Simon pour faire reposer tout ça ! J'aime bien Chef Simon. En plus à chaque recette, il propose son choix de musique. Alors là c'est quoi ?
Et la deuxième blonde ?? Bon j'arrête avec mes préjugés capillaires douteux, et puis d'abord elle n'est blonde que pour les photos de magazine... En fait Maria, c'est une rousse du Minnesota !
Oui, "Maria"; on dit bien "Miles" ou "Bird", "Duke", "Count" ... Alors pourquoi pas "Maria" pour Maria Schneider, compositrice, arrangeuse, chef d'orchestre, recompensée, excusez du peu (bon faut bien que je me rachète de mon in- [culture/différence] passée ...) par un Grammy Award pour son avant dernier album. Et si les circonvolutions qui m'ont conduites, après son "évitement" à sa "découverte" ont été encore plus sinueuses que pour Anna Maria précédemment citée, l'enthousiasme généré m'a pris totalement au dépourvu !
Hé oui quel chemin tortueux pour qu'elle me rattrappe, Maria et sa musique !
Le mécanisme s'est enclenché avec le retour en France de ma belle Camille, diplomée triomphante de son cours de Media Studies. S'en sont suivies
* Des discussions technico/philosophico passionnées sur le Web 2.0 et la prolifération des réseaux sociaux d'aujourd"hui... (et mes réflexions perso paniquées sur l'abîme qui sépare les cerveaux des "Digital Native" (nés avec le numérique et le multimédia ...) - mes 2 enfants- et sur celui de la "Digital Immigrant" (bien forcée de ...) que je suis et qui essaye pourtant bravement de remplir au crayon bien taillé le formulaire pour rentrer dans ce Nouveau Monde ! ). Et mes recherches enfièvrées sur le net n'ont fait que confirmer le constat; inutile de s'agiter pour acquérir la nationalité ... Nous, (Immigrants, nés "Avant le numérique" - comme on peut dire avant Jésus Christ ! mais vivant comme les autres en plein dedans) si l 'on ose franchir le seuil de la Planète numérique (les plus Progressistes) ce sera toujours en mettant les patins, pendant que les Natives auront déjà depuis longtemps leurs pieds sur le canapé ! Oui c'est comme ça ! Nous lirons toujours les notices avant d'utiliser un nouvel appareil, oui nous voudrons toujours "apprendre avant d'expérimenter", apprendre "sérieusement", pas à pas, en se concentrant sur Une tâche, imprimer un article numérisé que l'on aurait pas compris pour le "lire dans de meilleurs conditions", garder jalousement notre téléphone comme objet intime, argumenter que le MP3 ça fait perdre de la qualité sonore, et même si nous tentons de forcer les frontières du Pays Magique, en bloguant, chattant, twittant, skypant,facebookant, Ipodant, Iphonant, msnant, ce sera toujours "successivement", parce que "tout en même temps" c'est vraiment pas possible pour se concentrer même si on a vaguement lu que "la capacité a être distrait serait un facteur de créativité" mais là faut pas charrier, pas pour apprendre ses leçons quand même ? Ah si ? tu y arrives toi ?? .... Ben oui ! on n'a plus les mêmes cerveaux ! Marc Prensky "... it is very likely that our students’ brains have physically changed – and are different from ours – as a result of how they grew up. But whether or not this is literally true, we can say with certainty that their thinking patterns have changed" (article en français ici)
Mes enfants, la chair de ma chair, des mutants ??
En tout cas voilà une explication à ma phénoménale capacité à m'emmêler les tentacules quand je commence à m'approcher de mon bel ordi (mon Bel iMac 20 pouces tout neuf qui n'attendait que le retour de Camille pour je casse ma tirelire d'anniversaire et que je l'adopte) pour rédiger un article de blog : Je veux faire la maligne mais je n'ai pas le cerveau avec le bon équipement : le "Multitâches"
Moi qui voulait clamer au monde (?) mon amour pour Maria me voilà embarquée dans un article de blog à rallonge que, une fois de plus, je n'arrive plus du tout à contrôler ... Et puis bien-sûr, en même temps- c'est trop tentant cet immense écran avec toutes les fenêtres qu'on peut ouvrir partout - j'ai voulu faire ma maligne en disant que cette année c'était MOI qui Organisait (!) les vacances familiales. En ligne, ça allait être un jeu d'enfant ! Et c'est parti pour la Suède, avec la location de l'avion à Beauvais, une plongée dans Strinberg pour se mettre dans le coup, réservation de la voiture à Skasvsa, de l'hôtel à Stockholm, le bed and breakfast à Göteborg, la stuga au bord du fjord, le bateau pour aller sur l'île (ah! la maison elle est sur une île ?? ) ... les cartes - C'est beau Google Earth,, et vas-y que je te grappille par là une recette de pepparkakor, l'histoire édifiante de Gustave III, la révision de la filmographie de Bergman, des multiples articles sur les neurosciences parce que quand même ça me travaille cette histoire de cerveau, "SKÅL!", des articles sur Lamarck et les coups de girafe qui s'allongent - la fonction qui crée l'organe justement- apparemment Darwin était pas d'accord- des photos de Greta Garbo, des extraits du Voyage de Niels Holgersson de Selma Lagerloff (une blonde bien-sûr ... Prix Nobel de littérature ! que me lisait mon grand -père ... Niels sur son oie ! Ah oui ! le vol des oiseaux ... Sky Blue ... MARIA me revoilà !!!
Tout à mon euphorie devant mon nouveau Joujou, je me suis empressée de télécharger tous les petits logiciels que je pouvais grappiller à droite à gauche ... Voilà comment j'ai découvert le génial Wizzgo. (Filez le télécharger ici si ce n'est pas encore fait) Un magnétoscope en ligne désarmant de facilité d'emploi. Hop là ! A moi tous les pots de confiture ! Maria Bethania, "Bossa Nova All Stars", "Gimme Shelter", "Pink Floyd à Pompéi",(et quelques Hercule Poirot en douce !) "Bernard Lavilliers au Brésil" ... et "New York Jazz Ballad" ... reportage extra ... plein de découvertes ... dont: Maria !
Fffou ! Transport ! Je me retrouve comme Niels sur son oie !
C'est ça .... quand on écoute la musique de Maria, on a l'impression de voler ... d'ailleurs il n' y a qu'à la voir diriger son big bang, tout en gestes larges à embrasser l'espace ...Elle confie d'ailleurs que quand elle compose au piano, - elle a accroché au dessus la photo de Sylvie Guillem, elle s'enregistre puis se lève réécoute en dansant pour tester si le son propulse bien le mouvement du corps comme elle le désire... Son dernier disque s'appelle Sky Blue ... Elle écrit des pièces pour "big band de jazz" sur la migration des oiseaux ! et apparemment ils ne la prennent pas pour une folle puisque ses musiciens lui sont fidèles depuis plus de 14 ans ... et faut voir la crème des musiciens new-yorkais ! (Ecoutez chaque fois les somptueux solos qu'ils lui offrent ! )
C'est du jazz mais tellement loin des conventions du genre; c'est un big band mais orchestré de manière tellement personnelle ... On y entend du blues, du flamenco, du choro brésilien, des accordéons, des phrases instrumentales qui respirent comme si elles étaient chantées ... Quand on l'interroge sur son succès, elle avoue qu'elle est en permanence dans les doutes et l'interrogation, la peur de "mal faire" mais elle sait bien que dès qu'elle s'oublie elle même- son ego, sa carrière, ce que les autres vont penser- pour se concentrer sur la seule musique, là elle sent qu'elle peut avancer. Quand on lui parle de ce que l'on ressent à l'écoute de ses orchestrations (fluidité, naturel, espace, air, souplesse ...) elle répond que composer pour elle c'est comme se retrouver toute entière dans un "garlic crusher" !!! ... Hum ! Explorez, piochez, dévorez, Regalez vous !
Elle parcourt le monde pour rencontrer des big bands et transmettre sa musique Ici, sur Youtube, on voit l'intégralité d'un concert à Ouro Preto, avec une formation brésilienne. Et alors où elle a fait très fort, c'est justement dans son utilisation des nouvelles technologies. Fatigué par les histoires de producteur, diffusion label etc, elle décide de rompre avec tout ça et de prendre son autonomie. Elle créé la plateforme Artistshare, qui réinvente un nouveau rapport entre artiste et public. Les "clients" qui s'y inscrivent pour acheter de la musique deviennent des "membres" qui prennent part au futur projet artistique. Elle a récolté ainsi 85000 $ pour financer son dernier album - du jamais vu, surtout en jazz- Concert in the garden, écrit après son voyage au Brésil (!!!). (Elle gagne son Grammy Award avec un album qui n'est QUE vendu ligne !!! En contrepartie, nous, vous, les "Membres"on participe au plus près à l'élaboration du processus de création, en ayant accès à plein de documents - carnets de bords, répétitions, photos, articles de journeaux, notices, musique qu'on télécharge au fur et à mesure, partitions complètes etc ...toutes sortes de contenus personnalisés suivant la formule de souscription. Ah j'adore cette idée ... je suis inscrite, j'ai reçu le disque "Concert in the Garden" que j'écoute en boucle depuis.... J'ai acheté en ligne - et reçu aussitôt en téléchargement - la partition de "Choro Dançado" qui sur le disque est vocalisé par l'impeccable Luciana Souza dont je suis une fan de la première heure
- ça y est j'ai mon beau projet pour l'an prochain ! je veux monter cette pièce ! Je veux aller écouter Maria en vrai ... Elle passe cette année à Jazz à Vienne
AAAH Jazz à Vienne !!! Fleury ? Christophe ? La folle équipée à traverser la France en plein stage pour aller écouter Bobby et Diane Reeves chanter au soleil couchant des arènes !!! Vite enlevez moi !!! C'est ....
ç'était ??????
le 7 juillet .
Bon ...
...
Bon sang mais c'est bien sûr ! La Suède dont je ne me sors pas ? ... Maria que j'ai si longtemps snobée ...?
Des années qu'elle avait laissé la situation s'installer, doucement empirer, dangereusement glisser jusqu'au bord de l'inévitable: l'affrontement face à face.
Et allez, qu'elle l'avoue maintenant, elle avait toujours su confusément qu'elle ne pourrait échapper à ce moment là.
Oui, dès le début, en pleine euphorie de la découverte, elle sentait déjà confusément que le mantra "Comme c'est romantique" serait scandé au fil des années avec de moins en moins de conviction, que le sourire l'accompagnant virerait vite au rictus incrédule, le regard énamouré se teinterait d'inquiétude, et que les insouciantes paroles de jeunesse allaient immanquablement terminer en lamentable contrition "Comment ai je pu laisser les choses en arriver là ??"
Et ce ne sont pas les "faux-conseils" d'amis : "c'est normal avec le temps; mais laisse faire; c'est naturel ... "(sans mentionner ceux de sa mère qui bien sûr l'avait prédit: "Si tu laisses la situation s'installer, un jour tu vas te faire envahir!") qui allaient changer quelque chose.
La décision c'est Elle qui l'avait prise.
Un débordement de trop ? Un tressautement d'exaspération ? Un soubresaut de culpabilité ? Un sursaut d'angoisse ? Un ras le bol salutaire ? Et pourquoi pas plutôt un pur élan aveugle d'euphorie conquérante ?
Peu importe; soudain elle n'y tint plus.
Elle allait le faire. Elle ne pouvait plus fuir le problème. Elle allait s'y coller. Voilà; aussi simple que ça.
A peine avait elle pris sa décision que tous les orages de doutes accumulés crevèrent d'un coup et la laissèrent étourdie de tant de fraîche légèreté, telle Blanchette, la Chèvre de Monsieur Seguin, libérée de la corde, bondissant par la fenètre de l'étable, tête en avant, à l'assaut de la verte montagne et de ses promesses.
Et cette sensation de libération donnait tant de résonance à sa décision qu'elle la rendait maintenant totalement évidente et incontestable; elle avait fait le bon choix.
Comment avait elle pu , voyant pourtant la situation empirer de jour en jour, avoir mis tant de temps à la prendre cette décision ?
C'était ridicule ... de la paresse évidemment... du déni sans doute ... la peur de l'affrontement, forcément... Chaque fois qu'elle aurait pu, aurait du (et pourtant les signes n'avaient pas manqué !) et bien elle avait hésité, tergiversé, composé, négocié, espérant peut-être encore une solution moins radicale, pour chaque fois reculer, repousser, à plus tard, au moment mieux choisi etc etc ...
Ridicule !
Ah le bonheur de la décision prise, enfin.
Plus d'état d'âme
Elle se sentait si bien là, si légère et si forte, si sûre de son choix.
Et elle concentrait toutes ses forces à intérioriser cette merveilleuse sensation, d'autant qu'elle était totalement consciente qu'aucune douleur ne serait épargnée.
Face à face; corps à corps; ce serait une lutte sans merci.
Elle se connaissait trop bien pour savoir que la griserie liée à l'irrévocabilité de la décision prise n'empêcherait pas tous les doutes de revenir à l'assaut au plus fort de la charge. Elle savait bien qu'elle n'était pas du tout préparée.
Forcément;
Ce n'était pas du tout sa façon habituelle de fonctionner;
Elle, elle "composait", "harmonisait".
Mais quoi ? Composer avec l'ennemi? Et battre une nouvelle fois en retraite ?
Où avaient menées toutes ces rêveries d'équilibre ?? Ils étaient si différents; l'un solide, inébranlable, l'autre libre et fantasque.
Apparence !... Equilibre ? Prise de pouvoir insidieuse ! Ingérence ! Etouffement ! Colonisation du territoire de l'un par l'autre plutôt ! Voilà ce qu'il restait aujourd'hui du bel équilibre rêvé ! Et la rage de la trahison attisait encore l'urgence de la solution radicale.
Aujourd'hui il fallait oser se battre même si fatalement la victoire de l'un signifierait l'anéantissement de l'autre. On n'en était plus à la négociation ou aux compromis.
Ce n'était pas le moment de faiblir; Trop tard; Inévitable, la Seule Issue, Courage !
Ah le frisson de l'envie urgente de fouiller, gratter, démêler, dénouer, et puis forcément couper, trancher, arracher, extirper, anéantir ... Anéantir !? Le syndrome Attila pouvait vite faire basculer dans le côté obscur de la force, c'est sûr.
Peut être fallait il trouver d'autres armes, un autre angle d'attaque moins frontal.
Bien sur qu'elle était aussi responsable de l'échec de la cohabitation. Elle avait pas su s'y prendre; elle n'avait pas su "anticiper le problème" comme on dit; et c'était lamentable que ça se termine comme ça; Bien sûr que tout ça était très excessif ! ... et qu'il faudrait même en cas de victoire en assumer les conséquences; peut-on sans danger détruire un si bel équilibre (de façade) après tant d'années de vie commune ? L'un et l'autre si intimement imbriqués dans leurs histoires et habitudes de vie: protéger, soutenir, oui mais aussi s'aggripper, étouffer ... La destruction de l'un n'entrainera t-elle pas l'écroulement de l'autre ?
Il ne faudrait pas que le lecteur de ce blog se laisse abuser par son joli arrière- plan tout rose ...
Les sentiments qui parfois animent l'auteur(e) laissent entrevoir sa possession, inavouée jusque là, d' une palette expressive beaucoup plus... sombre ... Celle des "jugements à l'emporte pièce" et de la "mauvaise fois" !
Sinon comment expliquer son regard superbement détourné à chaque fois qu'il était question, par le biais d'un article ou d'un concert, de faire plus amplement connaissance avec "Elles" ?
Rose le sourire mais Noir le grommellement intérieur : " PFFFFfff! DES BLONDES !!! "
Ah Maria, Ah! Anna-Maria, Mea Culpa !!!
Mea Culpa de vous associer ici pour votre seule blondeur et d'en faire une accroche de blog (bon c'est vrai ! Elles n'ont pas que la Blonditute (?) en commun; elles sont en plus Belles ET Musiciennes ET justement de cette musique qui m'émeut et puis quoi encore Grrr et double Grrr ! )
Toute jalousie dégorgée et toute honte bue, passons à l'essentiel: ces deux là, c'est mon coup de coeur de la semaine !
Anna Maria , la Polonaise d'abord ...
C'est en préparant le stage "Pop Rock" de cet été, en cherchant à écouter Don't speak de No Doubt
Que je tombe sur ceci ...
Une pauvre vidéo bricolée ... Ça c'est de la reprise ! Coup de coeur ! Et quel feeling !
Ah Vade Rétro, jure-je, pas L'Anna Maria Jopek que je/nous fuyons (hein Camille?) depuis des années ???
Ben si ! "Celle que notre Pat Metheny chéri avait choisi entre toutes en 2002 pour enregistrer l' album Upojenie (allez par là vous pourrez écouter tout l'album) , nous laissant (dé)confites de jalousie, et par là même sourdes à toute écoute, même "juste pour voir" ...
Et bien là, plus moyen de reculer ... Il était temps d'aller y jeter une oreille ...
Et bien ... J'ai vraiment bien aimé ...
Pourtant j'en ai grappillé des trucs énervants du genre : pianiste classique talentueuse à Varsovie, musicienne de jazz accomplie à New York, 2 enfants, études de philo ET grand prix eurovision, encensée par Pat et Sting (pis quoi encore !) à l'aise dans tous les registres, une magnifique voix juste et pleine, des superbes compos qui mélangent la musique traditionnelle polonaise, le jazz, la pop, et qui ajoute à son répertoire "Samba prezed rozstaniem" ? = Le bel "Apelo" de Baden Powell
Un petit duo avec Pat ? (Ah ! ça me rappelle mon beau Taras à Odessa ! )
Et en live à Varsovie ?
Et alors, Google, elle sort un peu de son pays cette beauté ??
Et bien oui ...
Pas plus tard que le 22 mai, elle donnait un concert gratuit dans le parc du beau jardin de ... Chamarande !!!!!!! ( à 5 km de Mes Vieilles Vignes) !
Je viens enfin de terminer la conception et la rédaction du prochain stage de chant d'été ...
... 13° édition ...
Me revient en mémoire le tout premier stage de cette série, dans un improbable château, organisé avec le chanteur Eric Trémolières, le batteur Bruno Desmoulière, et puis Gilles Réa et Michel Costandi déjà ...
Me revient en mémoire la rencontre avec Françoise, cette stagiaire préoccupée par le prochain mariage de son fils avec une jeune malienne chanteuse ...
Je n'ai pas revue Françoise ...
Quand à la jeune malienne en question, Rokia Traoré, elle a largement fait son chemin depuis ...
Elle n'hésite pas à y faire se rencontrer le N'goni (sorte de luth traditionnel du Mali)et la mythique guitare Gretsch qui fait sonner le blues comme aucune autre; et puis même au détour d'une chanson un violon... une clarinette ...
"Ne pas penser Exotique, penser Musique" dit elle.
"Avant d'être une "Malienne" je veux être ...moi même ! "
Si vous avez un peu de temps (l'extrait dure 13 mn) allez visionner l'extrait du DVD (pensez à activer le bouton plein écran !) qui lui est consacré; elle y parle avec beaucoup de conviction et de simplicité de musique bien-sûr mais aussi d'identité, de quête de soi, de vie, de l'Art de Vivre, qui est pour elle d'abord un art de la souplesse ...
Je vous propose ici la vidéo de la chanson "Kounandi" grappillée sur le site TED.com
Et puis délectez vous de sa reprise iconoclaste de "The man I love" sur lequel on aurait pu imaginer que tout avait été dit ...
lundi 26 mai 2008
Soufflée ! J'ai été soufflée!
J'étais pourtant rentrée par la petite porte, celle de derrière, l'air de rien, jeter un oeil le temps de rédiger une petite notice bibliographique en préparation du Concert de Samedi Happée, soulevée, embarquée, propulsée dans son tourbillon d'énergie créatrice.
C'est vrai qu'il y avait plein d'échos vaguement enfouis qui ne demandaient qu'à vibrer à nouveau ... "Ah oui! c'était Lui !"
"J'ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité " (...)
"Dans la nuit il y a les merveilles du mondedans la nuit il n'y a pas d'anges gardiensmais il y a le sommeildans la nuit il y a toidans le jour aussi " (...)
" Je chante ce soir non ce que nous devons combattremais ce que nous devons défendreLes plaisirs de la vie.Le vin qu'on boit avec les camarades.L'amour.Le feu en hiver.La rivière fraîche en été.La viande et le pain de chaque repas.Le refrain que l'on chante en marchant sur la route.Le lit où l'on dort.Le sommeil, sans réveils en sursaut, sans angoisse du lendemain.Le loisir.La liberté de changer de ciel.Le sentiment de la dignité et beaucoup d'autres chosesDont on refuse la possession aux hommes.
"Notre paire quiète, ô yeux !que votre "non" soit sang (t'y fier ?)que votre araignée rie,que votre vol honteux soit fête (au fait)sur la terre (commotion).(...)
"Je suis le veilleur de la rue de Flandre,Je veille tandis que dort Paris.Vers le nord un incendie lointain rougeoie dans la nuit.J'entends passer des avions au-dessus de la ville."(...)
Rrose aisselle a vit. Rrose, essaie là, vit. Rôts et sels à vie. Rose S, L, have I. Rosée, c'est la vie. Rrose scella vît. Rrose sella vît. Rrose sait la vie. Rrose, est-ce, hélas, vie ? Rrose aise héla vît. Rrose est-ce aile, est-ce elle ? Est celle AVIS
...
...Ça n'existe pas ! Et pourquoi pas!
Et puis tomber d'emblée sur cette citation extraite de son "Journal"ne pouvait que me mettre en éveil: “ Ce que j’écris ici ou ailleurs n’intéressera sans doute dans l’avenir que quelques curieux espacés au long des années. Tous les vingt-cinq ou trente ans, on exhumera dans des publications confidentielles mon nom et quelques extraits, toujours les mêmes. Les poèmes pour enfants auront survécu un peu plus longtemps que le reste. J’appartiendrai au chapitre de la curiosité limitée".
Nous sommes en Février 1944. Il ne reste à Robert Desnos que quelques jours de liberté, avant l'arrestation, la déportation, et la mort, le 5 juin 1945, à 45 ans.
Alors oui je n'ai eu de cesse ce dimanche de dévorer tout ce qui m'est passé sous les yeux ! Et là j'en suis encore toute tourneboulée!
Soufflée par l'extraordinaire diversité de son écriture, par sa curiosité illimitée justement, au delà de toute étiquette, de toute querelle littéraire ... dans l'écriture ET dans la vie...à fond. L'exploration passionnée qu'il fait de son siècle, comment il s'approprie tout ce qu'il y trouve. Dans un rêve proclamé de métissage ! en faisant disparaitre les barrières entre milieux cultivé/non cultivé.
Fascination pour son incroyable liberté assumée.
«Au-delà de la poésie libre, il y a le poète libre.»
Porter son rêve jusqu'au bout
"Unir le langage populaire, le plus populaire, à une atmosphère inexprimable, à une imagerie aiguë ; annexer des domaines qui, même de nos jours, paraissent incompatibles avec le satané « langage noble » qui renaît sans cesse des langues arrachées du cerbère galeux qui défend l'entrée du domaine poétique, voilà qui me paraît besogne souhaitable sans oublier, je le répète, certains motifs impérieux d'inspiration actuelle..."
Etre fils d'un "mandataire aux Halles pour la volaille et le gibier"ET prophète du Surréalisme
Abandonner l'école à 16 ans ET adorer Hugo.
Réciter Baudelaire ET dévorer Fantômas en bande dessinée.
Etre érudit ET autodidacte
Adorer l'argot et le "populaire"de la Rive Droite ET fréquenter la Coupole et le Sélect Rive Gauche
Être pacifiste ET engagé
Ne pas être juif ET être arrêté comme tel
Refuser le communisme d'Aragon ET être arrêté comme tel
(on dit que la gifle publique qu'il infligea à un journaliste antisémite n'est pas étrangère à son arrestation, sans parler du pamphlet contre Céline)
(comme droguiste, gérant d'immeuble, caissier à France Soir, traducteur de ...notices pharmaceutiques, sécrétaire particulier, journaliste - ce qui lui vaudra le dédain de André Breton...)
Ecrire des slogans publicitaires pour Radio Luxembourg "L'express s'en va - les lentes restent/ Utilisez la Marie Rose, la mort parfumée des poux" ET pour Yvonne, l'amoureuse indifférente des poèmes d'amour désespérés: "y mourir ô belle flammèche y mourir"
Écrire sur Pétain: " C’est tarte, je t’écoute, à quatre-vingt six berges De se savoir vomi comme fiotte et faux derge Mais tant pis pour son fade, il aurait dû clamser."
ET
"Se glisser dans ton ombre à la faveur de la nuit. Suivre tes pas, ton ombre à la fenêtre. Cette ombre à la fenêtre c'est toi, ce n'est pas une autre, c'est toi. N'ouvre pas cette fenêtre derrière les rideaux de laquelle tu bouges. Ferme les yeux. Je voudrais les fermer avec mes lèvres.
(...)
Écrire sous hypnose ET publier le "Veilleur du Pont au Change"
Pratiquer l'écriture automatique ET proclamer son goût pour le sonnet et l'alexandrin."Il faut que le poème tienne"
Ecrire en "langage cuit"
"La chasseresse sans chancede son sein choie son sang sur ses chasselaschasuble sur ce chaud si chaud solchat sauvagechat chat sauvage qui vaut sagechat sage ou sage sauvagelaissez sécher les chasses léchéeschasse ces chars sans chevaux et cette échine sans châlesi sûre chasseresseson sort qu'un chancre sigillechose sans chagrinchanson sans chair chanson chiche."
ou
ET son Épitaphe en alexandrin
"J'ai vécu dans ces temps et pourtant j'étais libre. Je regardais le fleuve et la terre et le ciel. Tourner autour de moi, garder leur équilibre Et les saisons fournir leurs oiseaux et leur miel. Vous qui vivez qu'avez-vous fait de ces fortunes? Regrettez-vous les temps ou je me débattais? Avez-vous cultivé pour des moissons communes? Avez-vous enrichi la ville ou j'habitais?
Vivants, ne craignez rien de moi, car je suis mort. Rien ne survit de mon esprit ni de mon corps "
Vouloir réconcilier Nerval ET Rimbaud
Etre amoureux d 'Yvonne l' Étoile, ET de Youki, la Sirène
(Youki montrant sa sirène tatouée)
Danser la rumba au Bal Nègre ET publier à son retour d'Espagne
"Nuits, Jours et nuits sombres ! Feu, Sang et décombres ! Sang clair des libres Espagnols ! Oui pour l'Espagne et la liberté Un sang pur coule sur notre sol Pour l'humanité No ! No pasaran !
Ecrire des chansons, des cantates (avec Mireille, Paul Arma, Kurt Weill, Milhaud ...)
Dans un petit bateau Une petite dame Un petit matelot Tient les petites rames Ils s'en vont voyager Sur un ruisseau tranquille Sous un ciel passager Et dormir dans une île C'est aujourd'hui Dimanche Il fait bon s'amuser Se tenir par la hanche Echanger des baisers C'est ça la belle vie Dimanche au bord de l'eau
Heureux ceux qui envient Le petit matelot
des critiques de disque entousiastes, , clamer son amour pour les chanteuses de cabaret comme FRÉHEL ou DAMIA.
ET écrire
"Ce coeur qui haïssait la guerre voilà qu'il bat pour le combat et la bataille ! Ce coeur qui ne battait qu'au rythme des marées, à celui des saisons, à celui des heures du jour et de la nuit, Voilà qu'il se gonfle et qu'il envoie dans les veines un sang brûlant de salpêtre et de haine."
(...)
Ecrire à Youki sa sirène, le 7 janvier 1945 depuis son camp d'internement
Mon Amour,Notre souffrance serait intolérable si nous ne pouvions la considérer comme une maladie passagère et sentimentale. Nos retrouvailles embelliront notre vie pour au moins trente ans. De mon côté, je prends une bonne gorgée de jeunesse, je reviendrai rempli d'amour et de forces ! Pendant le travail un anniversaire, mon anniversaire fut l'occasion d'une longue pensée pour toi. Cette lettre parviendra-t-elle à temps pour ton anniversaire? J'aurais voulu t'offrir 100 000 cigarettes blondes, douze robes des grands couturiers, l'appartement de la rue de Seine, une automobile, la petite maison de la forêt de Compiègne, celle de Belle-Isle et un petit bouquet à quatre sous. En mon absence achète toujours les fleurs, je te les rembourserai. Le reste, je te le promets pour plus tard.
ET Mourir d'épuisement quelques mois plus tard, le 8 juin 1945 à cinq heures du matin, à Térézin (après Fresnes/ Compiègne/Auschwitz/Buchenwald/Flossenburg/Flöha quelques jours après sa libération, reconnu mourant par des infirmiers tchèques.
SAMEDI 31 Mai à l'Hotel Anne de Piseleu d'ÉTAMPES nous présentons avec Patricia Legendre les créations conjuguées de nos deux ateliers, - réunis autour de ses poèmes CHANTEFLEURS, - des créations plastiques de ses jeunes élèves et des pièces musicales polyphoniques que j'ai composées pour la circonstance pour l'Ensemble Vocal féminin.
Elles furent écrites par Desnos en 1944, vraisemblablement pour les enfants du couple Milhaud, mais comme il aimait à l'écrire "sous le langage se dissimulent maints secrets ..."
A la lumière de ce voyage dans son époque au son des bombardements, parachutages, otages, étoiles jaunes et dénonciations, ces poèmes prennent une autre densité.
"COQUELICOT" Le champ de blé met sa cocarde Coquelicot Voici l'été, le temps me tarde De voir l'arc en ciel refleurir. L'orage fuit, il va mourir, Nous irons le cueillir bientôt Coquelicot.
« Jamais des yeux humains ne furent aussi étrangement ouverts que ceux de Robert Desnos » TristanTzara
Et Kiki de Montparnasse, l'égérie de ces années là
« Il y a tout de même un copain que je ne peux passer sous silence, d’abord parce que c’est une figure de Montparnasse et ensuite et ensuite parce que c’est un grand ami. On ne discute pas Robert Desnos ! On l’aime ou on ne l’aime pas. Il est trop entier, trop personnel pour qu’on puisse éprouver un sentiment vague envers lui. Desnos est le type que vous voyez toujours courir ! On croirait qu’il se dépêche de vivre ! À la vérité, s’il court tellement, s’il est pressé quand vous le rencontrez, c’est qu’il va rendre service à quelqu’un. Et il se donne un mal inouï pour procurer des places, trouver de l’argent pour un ami. Quant à lui, il s’en fout royalement ! De l’argent, il en a rarement, et celui qu’il a est pour ses copains. En lui, rien n’est banal. Te souviens-tu, vieux Robert, de cette chambre où tu logeais, si minuscule que tu devais te déshabiller sur le palier avant de te coucher. Ça a duré comme ça assez longtemps ! Il a casé bon nombre d’amis mais il s’oubliait ! Heureusement qu’un beau jour il s’est aperçu que l’amour lui emboîtait le pas ; il se présente sous l’aspect d’une splendide fille intelligente, qui pensait comme lui, avait à peu près les mêmes goûts et avait le plus poétique des noms : « Youki », ce qui veut dire : « Fleur de neige ». Vous pensez, ce grand poète, quel coup ça a dû lui faire quand il a murmuré ce nom de rêve. »
Kiki de Montparnasse, Souvenirs retrouvés, José Corti, 2005, p. 215.
Hommage d'Aragon à Desnos
ROBERT LE DIABLE
Tu portais dans ta voix comme un chant de Nerval Quand tu parlais du sang jeune homme singulier Scandant la cruauté de tes vers réguliers Le rire des bouchers t'escortait dans les Halles Tu avais en ces jours ces accents de gageure Que j'entends retentir à travers les années Poète de vingt ans d'avance assassiné Et que vengeaient déjà le blasphème et l'injure
Je pense à toi Desnos qui partis de Compiègne Comme un soir en dormant tu nous en fis récit Accomplir jusqu'au bout ta propre prophétie Là-bas où le destin de notre siècle saigne
(...)
Un petit dernier pour Michel si par hasard il passait par là ...
l'Asile ami
Là ! L'Asie. Sol miré, phare d'haut, phalle ami docile à la femme, il l'adore, et dos ci dos là mille a mis ! Phare effaré la femme y résolut d'odorer la cire et la fade eau. L'art est facile à dorer : fard raide aux mimis, domicile à lazzi. Dodo l'amie outrée !
DEVOIR POUR LA PROCHAINE FOIS : EN FAIRE LA PARTITION (et la chanter bien sûr !)
Et un petit trésor du net : la voix de Desnos racontant un de ses rêves ...